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Citerne souple : bien la choisir, l’installer et ce que la loi autorise

Repères

Synthèse de sources publiques : données, réglementation et ordres de grandeur vérifiables. Ni test personnel, ni recommandation commerciale. Mise à jour en septembre 2026.

Une citerne souple, c’est une poche en toile technique qu’on déplie dans un vide sanitaire ou sous un abri, qu’on raccorde à une gouttière, et qui stocke plusieurs mètres cubes d’eau de pluie sans terrassement ni permis de construire. C’est la solution la moins chère et la plus simple à installer pour arrêter d’arroser son jardin avec de l’eau potable.

Elle a aussi de vraies contraintes, et son usage à l’intérieur du logement est encadré par une réglementation qui a changé en 2024. Voici ce qu’il faut savoir avant d’acheter.

Comment ça fonctionne

Le principe est simple. L’eau qui tombe sur le toit descend dans la gouttière, passe par un collecteur filtrant qui retient feuilles, mousses et gravillons, puis rejoint la citerne par un tuyau souple. La poche se remplit et se dégonfle au fil des pluies et des prélèvements : comme il n’y a pas de volume d’air fixe à l’intérieur, la toile épouse le niveau de l’eau.

Le trop-plein n’est pas géré par la citerne mais par le collecteur de gouttière, et c’est le point d’installation le plus souvent raté. Le collecteur doit être posé au même niveau que le remplissage maximal de la poche : quand la citerne est pleine, l’eau ne monte plus dans le tuyau et repart naturellement dans la descente de gouttière. Posé trop haut, il met la poche en surpression.

En sortie, une vanne permet de puiser directement par gravité (suffisant pour remplir un arrosoir) ou de brancher une pompe si vous voulez de la pression pour un tuyau d’arrosage ou un usage intérieur.

Quel volume choisir ?

C’est la seule décision qui compte vraiment, et la plupart des gens surdimensionnent. Le calcul du volume que votre toit peut réellement collecter en un an :

Surface de toit au sol (m²) × pluviométrie annuelle (mm) × 0,8 = litres récupérables par an.

Le coefficient 0,8 absorbe les pertes : évaporation, mouillage des tuiles, premières eaux détournées, rendement du filtre. On prend la surface au sol, pas la surface rampante : c’est la projection horizontale qui reçoit la pluie.

Exemple : 80 m² de toiture dans une région à 700 mm de pluie par an, soit 80 × 700 × 0,8 = 44 800 litres sur l’année. De quoi couvrir largement un arrosage de potager.

Mais ce total annuel ne dit rien du volume de cuve nécessaire, parce que le problème n’est pas la quantité totale : c’est le décalage. Il pleut en hiver, on arrose en été. La cuve sert à passer les semaines sèches, pas à stocker l’année. Deux repères simples :

  • Arrosage seul : 1 à 3 m³ suffisent dans la plupart des cas. Un potager de 100 m² consomme grossièrement 300 à 500 litres par semaine en plein été.
  • Arrosage + WC : comptez plutôt 5 m³ et plus, la chasse d’eau représentant environ un tiers de la consommation d’eau d’un foyer.

Une cuve trop grande ne se remplit jamais complètement et coûte cher pour rien. Mieux vaut une petite citerne qui tourne qu’une grande à moitié vide.

Souple ou rigide : les vrais critères

Les deux formats ne s’adressent pas aux mêmes situations.

La citerne souple gagne quand vous avez un vide sanitaire, un sous-sol ou un espace couvert inutilisé : elle s’y déplie à plat, sur quelques dizaines de centimètres de hauteur, là où aucune cuve rigide n’entrerait. Elle gagne aussi sur le prix, sur l’absence totale de terrassement, et sur le fait qu’elle se vide, se replie et se déménage, un vrai argument si vous êtes locataire.

La cuve rigide enterrée gagne partout ailleurs, et surtout sur la durée. Elle ne craint ni la perforation ni les UV, elle se visite et se nettoie facilement, elle garde l’eau au frais et à l’obscurité toute l’année, et elle ne prend aucune place en surface. Son coût, terrassement compris, est en revanche sans commune mesure.

Les contraintes qu’on ne vous dit pas

Quatre points méritent d’être posés avant l’achat.

  • Le support doit être parfaitement plan et propre. C’est la condition numéro un. Un lit de sable de quelques centimètres, sans un caillou pointu ni une racine : plusieurs tonnes d’eau appuient sur la toile, et un point dur devient une fuite. Prévoyez aussi une bâche géotextile en sous-couche si le sol est irrégulier.
  • Elle ne s’enterre pas. Contrairement à une cuve rigide, elle ne supporte ni la pression des terres ni le passage d’un véhicule au-dessus. « Semi-enterrée » veut dire posée dans une fosse ouverte, pas recouverte.
  • L’inspection est limitée. Une poche fermée se nettoie mal, et on voit difficilement ce qui s’y dépose. D’où l’importance du filtre en amont : les sédiments qui entrent n’en ressortent pas facilement.
  • La toile opaque limite les algues, elle ne stérilise rien. L’absence de lumière empêche le développement des algues, c’est tout. L’eau stockée reste une eau non potable, qui contient des micro-organismes, et qui le restera quelle que soit la qualité de la cuve.

Sur le gel, en revanche, l’inquiétude est généralement exagérée : la toile technique et une masse d’eau de plusieurs mètres cubes encaissent très bien l’hiver. Ce sont les organes périphériques qu’il faut protéger (vannes, raccords, pompe, tuyau d’alimentation), et basculer le collecteur en position hiver pour court-circuiter la citerne pendant les périodes de gel prolongé.

Ce que la loi autorise vraiment

C’est le point que la plupart des articles sur le sujet passent sous silence, et il a changé récemment : l’arrêté du 21 août 2008 qui encadrait la récupération d’eau de pluie a été abrogé le 1er septembre 2024. Le régime applicable aujourd’hui découle du décret du 12 juillet 2024 et des articles du code de la santé publique qui s’y rattachent.

À l’extérieur, aucune formalité : arrosage du jardin et du potager, lavage de la voiture, nettoyage des surfaces extérieures, fontaine décorative. C’est l’usage le plus simple et de loin le plus fréquent.

À l’intérieur, l’eau de pluie n’est admise que pour trois usages : la chasse d’eau des WC, le lavage des sols et le lave-linge. Tout le reste est interdit : boisson, cuisine, vaisselle, douche, lavabo, et plus généralement tout ce qui touche à l’hygiène corporelle ou à l’alimentation.

Dès qu’il y a un usage intérieur, plusieurs obligations s’ajoutent :

  • Déclaration en mairie obligatoire, avec l’adresse du logement et une estimation des volumes utilisés à l’intérieur.
  • Séparation totale des réseaux. Aucune interconnexion avec le réseau d’eau potable n’est tolérée. Un appoint éventuel se fait uniquement par un dispositif de disconnexion par surverse totale, avec rupture de charge à l’air libre.
  • Signalisation : mention « eau non potable » et pictogramme à chaque point de soutirage, robinet et WC concernés.
  • Robinets sécurisés, dont l’ouverture nécessite un outil spécifique, et interdiction d’installer un robinet d’eau de pluie dans une pièce qui comporte un robinet d’eau potable (hors cave, garage et annexes).
  • Entretien : vérification visuelle annuelle du réseau, nettoyage ou remplacement des filtres, manœuvre des vannes, vidange et nettoyage de la cuve. Vous pouvez le faire vous-même, le recours à un professionnel n’est pas imposé.

Ces règles ne sont pas de la paperasse décorative : une interconnexion accidentelle avec le réseau public expose à des sanctions lourdes, jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende en cas de contamination. Si vous vous limitez à l’arrosage extérieur, rien de tout cela ne vous concerne.

Est-ce rentable ?

Soyons honnêtes : pour un usage strictement extérieur, l’amortissement se compte en années, parce que l’eau d’arrosage coûte peu et que la citerne, elle, se paie tout de suite. Une citerne souple d’entrée de gamme reste néanmoins l’un des équipements les moins chers du jardin, et le calcul devient nettement plus favorable si vous ajoutez les WC, qui consomment de l’eau potable toute l’année, sécheresse ou pas.

Mais l’argument financier n’est pas le meilleur. Le vrai intérêt est ailleurs : disposer d’une réserve quand les arrêtés sécheresse tombent en juillet, arroser avec une eau non chlorée et à température ambiante que les plantes préfèrent, et réduire le ruissellement vers les réseaux pendant les gros orages. C’est ce qui justifie l’investissement, bien plus que la ligne sur la facture.

Côté achat, plusieurs revendeurs français proposent des gammes de citernes souples de 1 à 10 m³ dans différentes formes, dont des modèles bas conçus pour passer dans un vide sanitaire. Le format et la hauteur disponibles comptent davantage que la marque : mesurez votre emplacement avant de comparer les prix.

Pour replacer la récupération d’eau dans une démarche plus large, voyez aussi notre guide sur le jardin écologique, où le paillage et le choix des plantes réduisent souvent le besoin d’arrosage plus efficacement qu’une grosse cuve, et notre article sur la maison bioclimatique.

Ce qu’il faut retenir

  1. Le support parfaitement plan et sans point dur est la condition qui décide de la durée de vie.
  2. Dimensionnez pour passer les semaines sèches, pas pour stocker l’année : 1 à 3 m³ suffisent pour l’arrosage.
  3. Le collecteur de gouttière doit être posé au niveau de remplissage maximal de la poche.
  4. À l’extérieur, aucune formalité. À l’intérieur, seulement WC, sols et lave-linge, avec déclaration en mairie et réseaux totalement séparés.
  5. Protégez les vannes et la pompe du gel, pas la poche.

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